Les Fêtes gourmandes de Lanaudière

Cuisiner, un acte d'amour selon Soeur Angèle

Par : Geneviève Quessy

Qui ne connait pas Soeur Angèle? Avant même que les émissions de cuisine ne deviennent à la mode, elle faisait partie de la famille, montrant à nos mères et nos grands-mères à confectionner de bons petits plats à la télévision.

Depuis une quarantaine d'années qu'elle vulgarise, mieux que personne, les trucs et astuces de tout bon cuisinier, elle en a inspiré des vocations. C'est pour lui rendre hommage, et la remercier de sa bienfaisante influence, que son 80e anniversaire a été célébré en grand par la Société des chefs, cuisiniers et pâtissiers du Québec, le 4 août dernier.

Décrite à cette occasion comme une femme dynamique, généreuse, rassembleuse et pleine d'humour, autant par sa congrégation que par sa famille et ses pairs cuisiniers, Soeur Angèle a encore beaucoup à donner. Toujours aussi populaire après 45 ans de vie publique, elle continue à transmettre son savoir et à s'impliquer pour les enfants démunis et les personnes en fin de vie.

Mais d'où lui vient tant de passion pour l'art de bien manger? «C'est ma mère qui m'a tout appris», dit Soeur Angèle qui a grandi dans les montagnes de la Vénétie, une région de l'Italie, près de Venise. «Tout commence par la nature. C'est elle qui nous nourrit.» Cueillette d'herbes, de légumes et de fruits sauvages, les plats s'élaboraient dans sa famille à partir de ce qu'on trouvait de frais dans la nature, raconte Soeur Angèle.

De la deuxième guerre mondiale, qui sévissait à cette époque, Angela et sa famille ont retenu des leçons de débrouillardise et de créativité. «La première chose qui arrive en temps de guerre, c'est la nourriture qui se fait rare. Plus de sucre, plus de café, plus de lait. Il fallait se débrouiller avec ce qu'on trouvait, cueillir des herbes pour se soigner, développer d'autres façons de faire.»

Son plat préféré lui vient de cette époque de débrouillardise. «On allait cueillir des pissenlits. Il fallait les blanchir, deux fois, pour enlever l'amertume. On les faisait revenir dans l'huile, avec des oignons. C'est la guerre qui a amené ça.»

De cette époque, Soeur Angèle tient également son amour pour le pain. «Voir le pain lever au four. Je me souviens je trouvais ça magique de voir l'action de la levure. Le pain sauvait des gens pendant la guerre. Pour moi, c'est un aliment sacré.»

Manger est tout simplement un acte de vie, dit Soeur Angèle. «Si tu ne manges pas tu ne vis pas. C'est autour d'un repas qu'on se rassemble, qu'on se réconcilie, c'est un moment de partage, de générosité. C'est aussi un symbole d'amour. Quand votre amoureux veut vous dire son amour, il vous invite au restaurant n'est-ce pas?»

Arrivée au Québec en 1955, à l'âge de 17 ans, Soeur Angèle a d'abord cuisiné pendant 20 ans pour les 200 soeurs de sa congrégation de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, à Montréal. Enseignante à l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec durant 16 ans, cette communicatrice hors pair s'est fait remarquer et sa carrière d'animatrice a débuté à la télévision.

Depuis une quarantaine d'années qu'on la suit à la radio et au petit écran, sa passion ne faiblit pas. «Au début, je faisais des recettes avec des tomates, des aubergines, et les gens ne connaissaient pas ça! J'ai vu toute l'évolution du Québec gastronomique jusqu'à nos jours et j'ai trouvé ça très intéressant. On est très chanceux, il y a une grande ouverture d'esprit. On peut manger toutes les cuisines du monde ici, à Montréal.»

Si Soeur Angèle a un conseil à donner aux cuisiniers qui débutent dans la profession: «Respecter les aliments. C'est ce qui fait un bon cuisinier.» À ceux qui cuisinent pour leur famille: «Impliquez les enfants, même s'ils vous dérangent. C'est comme ça qu'un jour, ils auront envie de cuisiner à leur tour pour ceux qu'ils aiment.»

De l'amour, c'est surement ça l'ingrédient qui nous nourrit tant, dans les recettes de Soeur Angèle.